L’expérience de l’Unité d’Immunologie du CHU de Blida dans le suivi des malades en pré et en post transplantation rénale : Situation en 2019

Bouchedoub Y. (1; 2); Rachedi N. (1); Babasaci R.(1; 2); Salah K. (1; 2) ; Kherrache R (1 ; 2) ; Bendahmane F/ Z .(2); Benrokia F.(2), Selahi .(2) ;Kherbeche. M.(1); Khlifati A.(1) ;; Benzitouni A,(1) ; Zeltni M.L. (1); ; Rendja.O. (1,2); ;Meghlaoui A.(1; 2).

(1) Unité d’immunologie, CHU de Blida, Algérie.

(2) Département de Médecine, Faculté de Médecine, Université de Blida 1. Algérie :

{{ Math.ceil(time['minutes']) }} min read / 0 Commentaires / 439 Vues / Publié le 2020-01-23

Introduction :

La transplantation rénale est actuellement la solution la plus efficace pour la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique en phase terminale. Malheureusement elle peut être à l’origine d’une réponse immunitaire dirigée contre les antigènes portés par le greffon, comme les antigènes HLA. Pour prévenir ce risque, le suivis en pré et en post transplantation, s’avère indispensable pour la recherche de la présence et ou de l’apparition des allo anticorps délétères pour le greffon.

Par ailleurs, le traitement correcte est précoce, des malformations, de l’hypertension artérielle, du diabète, des infections urinaires, des maladies auto immunes, reste le meilleur traitement.

L’objectif de notre étude est d’évaluer le suivi  des malades greffés ou candidat à une  greffe rénale.

En Algérie, la première transplantation rénale dans le cadre d’un donneur vivant apparenté a été réalisée en juin 1986 au CHU Mustapha (Alger), où l’exploration immunologique a été faite sous la direction du Professeur BENHALIMA. La première transplantation rénale avec un rein d’un donneur vivant apparenté, a été faite à Blida en janvier 2003.

En 2002, La première transplantation rénale d’un donneur cadavérique a été réalisée à Constantine dont l’exploration immunologique a été faite par des physiologistes sous la direction du professeur NEDJAR, la deuxième transplantation rénale sur un donneur cadavérique  a été effectuée  en 2010 au CHU de Blida, dont l’exploration immunologique a été réalisée par l’équipe d’immunologiste de Blida (Pr BOUCHEDOUB, Pr MEGHLAOUI et Mr KHERBECHE). Il s’avère nécessaire de noter qu’en 33 ans d’expérience dans ce domaine cinq (05) greffes seulement  ont été faites ?, ce qui est très insuffisant par rapport  à la liste d’attente des insuffisants rénaux, qui augmente chaque jour.

Matériel et méthodes :

Il s’agit d’une étude rétrospective menée à l’unité de Hassiba Ben Bouali du CHU de Blida sur une période de 13 ans (2006- mai 2019) rapportant 971 personnes,  réparties entre receveur et donneur (D/R) en vue d’une transplantation rénale. Un bilan d’histocompatibilité a été réalisé pour chaque couple D/R. Il consiste en première étape à effectuer un test de cross match par technique sérologique, un typage HLA par technique sérologique(LCT) ou par biologie moléculaire (PCR-SSP) une recherche d’Ac anti HLA  par la technique ELISA.

Résultats :

Parmi les 971 cas explorés, la majorité ont été adressés par le  CHU de Blida, le reste par les différents centre greffeurs surtout celui de Tizi-Ouzou et de l’hôpital Nafissa Hamoud ex Parnet.

Les résultats du cross match initial montrent que ce dernier était négatif chez 92,47% des sérums prélevés avant la greffe. Le cross match final a été réalisé sur 168, dont 94,64% étaient négatifs. La recherche des allo anticorps anti-HLA de classe I et II a été réalisée sur les sérums de 492 receveurs, seul 11,59% ont développé des allo anticorp anti-HLA de classe Iet 5,48% anti classe II, avant la greffe. Concernant la réalisation des greffes au niveau du CHU de Blida, on remarque une activité accrue au cours des années 2007, 2008, 2009 dont elles présentent dans l’ensemble un pourcentage de 19,31%.

Dans notre population étudiée, parmi 492 patients receveurs typés dans le cadre de transplantation rénale, seul 140 patients ont réalisé la greffe. Ce nombre réduit des patients greffés peut être expliqué par :

  • L’incompatibilité HLA du couple R/D.
  • Cross match initial et/ou final positif.
  • Désistement des donneurs.
  • Le non-retour de l’information et l’absence de la collaboration entre les différents services ou centres greffeurs et notre unité d’immunologie.

Malgré l’apport considérable de notre unité d’immunologie dans le domaine de la transplantation rénale dans le cadre des donneurs vivants apparentés, depuis plus de douze ans et malgré qu’on est les premiers immunologistes en Algérie à avoir participé pour la réalisation de transplantation rénale dans le cadre d’un donneur en état de mort encéphalique, sans parler de la formation des résidents d’immunologie dans ce domaine, malgré tous cela, la situation en 2019 est catastrophique, je suis désolé de le dire, mais c’est la réalité. Cela contraste avec les déclarations faite par un membre de la SATO qui a déclaré à la presse lors du 10ème congrès  en 2018, que toutes les   conditions de greffe d’organe sont enfin réunies?????

Malheureusement la réalité du terrain est toute autre, et l’avenir de la transplantation d’organes dans le cadre des donneurs en état de mort encéphalique, avec les conditions actuelles est sombre. Et cela malgré la compétence du corps médical et paramédical, chacun dans sa spécialité, le programme de la transplantation rénale à partir d’un donneur cadavérique en Algérie ne  démarre pas. A cause d’une mauvaise gestion ?

A Blida par exemple, au niveau de l’unité d’immunologie du CHU de Blida, l’approvisionnement en réactifs pour l’exploration du système HLA est à l’arrêt depuis 2018, car les décideurs ont préféré conclure un accord avec l'Institut pasteur d’Alger, pourquoi et dans quel intérêt ???, possible que c’est la solution la plus facile pour eux.

En plus depuis plus de dix ans, le laboratoire n'a reçu aucun automate (Luminex, Cytomètre), malgré le besoin urgent de ce matériel. Ce qui a aggravé la situation actuelle de notre unité d’immunologie.

En ce qui concerne l'Institut national (grandiose) de transplantation d'organes, nous constatons que dans l'organigramme de cet institut, l’absence d’un service d’immunologie, il n'y a qu'une petite unité qui ne peut pas répondre aux exigences de cet institut, malgré l'importance de cette spécialité dans ce domaine de la transplantation d'organes. La question qui se pose est de savoir si l'éléphant peut vivre avec un cœur de chat ???

Le constat est amer, mais les solutions pour faire démarrer ce programme qui est actuellement à l’état embryonnaire existent, puisque les compétences existent, on peut citer par exemple :

  • L’amélioration des condition des prises en charge des malades au quotidien, surtout au niveau des urgences, ce qui représente le point le plus important, car on ne peut pas imaginer qu’un parent puisse accepter le prélèvement d’un ou de plusieurs organes du corps de son enfant, alors qu’il n’a pas été pris en charge correctement lorsqu’il avait besoin d’une prise en charge de la part des différents services hospitaliers, je pense que c’est le point le plus important et le plus difficile à réaliser, car il nécessite une révision du système de santé en Algérie(++++++)
  • Donner le pouvoir décisionnel dans les hôpitaux aux personnels de la santé et non aux personnes formées dans d’autres écoles (+++++).
  • Améliorer et donner les mêmes conditions de travail pour les différentes spécialités et à tous les centres greffeurs.
  • Donner des structures convenables aux différents partenaires de la greffe
  • Equiper les services d’exploration (immunologie, radiologie, anapath …..) et assurer les stages de formation et de perfectionnement pour ces équipes
  • La mise en place d’une banque (base de données), à l’aide d’un système informatique adéquat (réseau national).
  • Impliquer l’Agence nationale de greffe (ANG) pour aider les centres de greffes en assurant des stages de formation, l’acquisition et le renouvellement du matériel.
  • Tracer des objectifs à moyen et à long terme
  • La sensibilisation du pouvoir public, des professionnels de la santé, des patients et de leur entourage, et le grand public, peut avoir un effet bénéfique dans l’objectif de la réussite du programme de transplantation à partir d’un donneur en état de mort encéphalique.

Conclusion :

La transplantation rénale est une étape dans le parcours de soin du patient, où elle est positionnée comme le meilleur moyen thérapeutique.

Mais le meilleur moyen thérapeutique reste la prévention, par le traitement des malformations, du diabète, l’HTA, les infections et les maladies auto immunes.

Par ailleurs, travailler en amont de la greffe, c’est assurer une prise en charge des patients pour éviter le risque de rejet du greffon.

L’expérience de l’unité d’Immunologie du CHU de Blida dans le suivi des malades en pré et post transplantation rénale : Situation en 2019

AUTEUR

Pr. BOUCHEDOUB Youcef

Immunologie- CHU Blida

La Société Algérienne de Transplantation d’Organes

centre familial de la c.n.a.s, alger , 2020-01-10 jusqu'a 2020-01-11

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